Tour des îlets en bateau traditionnel : histoire, culture et paysages

# Tour des îlets en bateau traditionnel : histoire, culture et paysagesLes eaux turquoise des Antilles françaises abritent un patrimoine maritime exceptionnel qui se découvre idéalement à bord d’embarcations traditionnelles. Naviguer entre les îlets de Martinique et de Guadeloupe permet de saisir l’essence même de la culture créole, façonnée par des siècles d’adaptation au milieu insulaire tropical. Ces circuits maritimes offrent bien plus qu’une simple promenade : ils constituent une immersion totale dans l’histoire navale caribéenne, où les techniques ancestrales de construction et de navigation se transmettent encore aujourd’hui de génération en génération. Les paysages spectaculaires qui défilent lors de ces excursions révèlent la richesse écologique de ces micro-territoires préservés, tandis que les récits des guides locaux donnent vie aux légendes et aux traditions qui imprègnent chaque anse, chaque mangrove et chaque récif.## Les embarcations traditionnelles des îlets : yoles, gommiers et pirogues créolesLe patrimoine naval antillais repose sur des embarcations qui ont évolué au fil des siècles pour s’adapter parfaitement aux conditions de navigation particulières de la région. Ces bateaux traditionnels incarnent un savoir-faire unique qui conjugue héritage amérindien, influences européennes et innovations créoles. Leur conception reflète une compréhension intime des vents alizés, des courants marins et des zones récifales qui caractérisent l’archipel caribéen.### Architecture navale du gommier : construction en bois de gommier blancLe gommier blanc (*Dacryodes excelsa*) représente l’essence privilégiée pour la construction des embarcations traditionnelles antillaises. Ce bois imputrescible, naturellement résistant aux organismes marins, permet de tailler des coques monoxyles d’une remarquable longévité. Les charpentiers sélectionnent des arbres matures d’au moins cinquante ans, dont le tronc atteint deux mètres de diamètre. La technique d’évidage nécessite plusieurs semaines de travail minutieux à l’herminette et au ciseau à bois.L’architecture du gommier se caractérise par une carène arrondie qui offre une excellente stabilité dans les eaux agitées. Les bordages rapportés élargissent la coque initiale, augmentant ainsi la capacité de charge tout en maintenant un faible tirant d’eau. Cette conception permet de franchir les passes récifales peu profondes et d’accoster sur les plages des îlets sans infrastructure portuaire. Les membrures en acacia renforcent la structure, tandis que les bancs de nage fixes assurent la rigidité transversale de l’ensemble.### Yole ronde à voile carrée : spécificités techniques et manœuvres maritimesLa yole ronde martiniquaise constitue l’emblème de la navigation traditionnelle antillaise. Cette embarcation de six à huit mètres se distingue par sa voilure impressionnante qui peut atteindre quarante mètres carrés. Le gréement comporte une grand-voile carrée hissée sur un mât central incliné vers l’avant, complétée par un foc triangulaire à l’étrave. Cette configuration procure une puissance propulsive exceptionnelle lorsque le vent souffle dans les alizés.

La navigation en yole ronde exige une coordination parfaite de l’équipage, notamment lors des manœuvres de virement de bord où le déplacement rapide des rappeleurs détermine la réussite de l’opération.

Les rappeleurs, ces longues perches de bois fixées perpendiculairement à la coque, constituent l’élément technique le plus caractéristique de la yole. Jusqu’à douze équipiers se suspendent à ces balanciers mobiles pour contrebalancer la force du vent sur la voilure. Cette technique de stabilisation dynamique permet d’exploiter pliser au maximum les régimes de vents constants de la zone caraïbe. En compétition, ces manœuvres spectaculaires sont devenues un véritable sport nautique, inscrit depuis 2020 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France.

Sur un tour des îlets en bateau traditionnel, l’initiation à la yole permet de comprendre concrètement la finesse des réglages de voile et l’importance de la répartition des masses à bord. Les skippers locaux expliquent comment lire les risées à la surface de l’eau, anticiper les rafales et adapter la surface de toile en fonction des conditions. Pour le visiteur, monter à bord d’une yole ronde revient un peu à entrer dans un cours vivant d’architecture navale et de physique appliquée, avec pour tableau de fond les baies turquoise de la Martinique.

Pirogue à balancier : héritage amérindien et adaptations contemporaines

Avant l’arrivée des colons européens, les premiers navigateurs des Petites Antilles sillonnaient déjà les canaux inter-îles à bord de pirogues à balancier. Ces embarcations, taillées dans un tronc unique et stabilisées par un flotteur latéral, témoignent de l’ingéniosité des populations amérindiennes face à une mer parfois capricieuse. La présence du balancier limite le risque de chavirage et autorise des traversées plus rapides entre les îlets, même dans une mer formée.

Aujourd’hui, plusieurs chantiers de Martinique et de Guadeloupe réinterprètent ce modèle ancestral avec des matériaux modernes comme le contreplaqué marine ou la fibre de verre. La forme générale reste néanmoins fidèle à l’original : coque élancée, étrave fine et franc-bord bas pour limiter la prise au vent. Lors d’un tour des îlets en bateau traditionnel, embarquer sur une pirogue à balancier, c’est expérimenter la navigation « au ras de l’eau », où chaque clapot et chaque variation de vent se ressentent immédiatement, un peu comme si l’on chaussait une paire de sandales pour mieux sentir le relief du sol.

Certains opérateurs touristiques proposent des circuits exclusivement en pirogue, combinant observation de la mangrove, halte sur les fonds blancs et explications sur les techniques de pêche traditionnelles. Vous apprenez alors comment les anciens se repéraient sans GPS, en observant la couleur de l’eau, la forme des vagues et le comportement des oiseaux marins. Ce lien intime entre la pirogue et son environnement fait de chaque sortie une leçon de géographie vivante.

Restauration et préservation des embarcations patrimoniales aux antilles

La sauvegarde des yoles, gommiers et pirogues n’est pas un simple enjeu esthétique : elle conditionne la transmission d’un pan entier du patrimoine maritime créole. De nombreux bateaux emblématiques auraient disparu sans l’engagement de maîtres charpentiers, d’associations locales et de passionnés qui consacrent des centaines d’heures à leur restauration. Le choix du bois, le respect des lignes d’origine et la reproduction fidèle des assemblages exigent un savoir-faire pointu, souvent transmis de manière informelle.

En Martinique comme en Guadeloupe, des programmes de sauvegarde ont vu le jour, parfois soutenus par des collectivités ou des institutions patrimoniales. Des festivals maritimes et régates patrimoniales mettent régulièrement à l’honneur ces embarcations restaurées, offrant une visibilité nouvelle à ces projets. Pour le voyageur, choisir une excursion en bateau traditionnel plutôt qu’en vedette à grande vitesse, c’est participer concrètement à cette économie de la préservation : chaque sortie finance en partie l’entretien des coques, le changement des voiles et la formation des jeunes équipiers.

Vous envisagez un tour des îlets en bateau traditionnel ? Un bon réflexe consiste à privilégier les opérateurs qui indiquent clairement travailler avec des embarcations patrimoniales, gérées en petite capacité et entretenues dans des chantiers locaux. Non seulement l’expérience est plus authentique, mais elle contribue à maintenir vivante une culture nautique fragile, mise sous pression par la concurrence des bateaux de série et du tourisme de masse.

Archipels et îlets emblématiques de la martinique et guadeloupe

Le tour des îlets en bateau traditionnel prend tout son sens lorsqu’il relie plusieurs micro-archipels, chacun avec sa personnalité, son histoire et ses spécificités écologiques. De la baie du Robert en Martinique aux lagons du Grand Cul-de-Sac Marin en Guadeloupe, ces îlots constituent autant d’escales qui racontent, comme les chapitres d’un même livre, la relation des Antillais à la mer. Les circuits les plus complets alternent observation de la mangrove, découverte de plages secrètes, visite de vestiges historiques et arrêts snorkeling sur les récifs coralliens.

Îlet madame et îlet thiery : écosystèmes de mangrove et fonds coralliens

Situés au large du François, en Martinique, l’îlet Madame et l’îlet Thiery figurent parmi les escales incontournables d’un tour des îlets en bateau traditionnel. Entourés de fonds blancs peu profonds, ils offrent un accès privilégié à la mangrove côtière et aux herbiers marins. La transition entre les racines échasses des palétuviers et les langues de sable clair illustre parfaitement l’enchevêtrement des écosystèmes tropicaux, où chaque zone abrite une biodiversité spécifique.

Les guides locaux profitent souvent de la halte à l’îlet Thiery pour proposer une session de snorkeling sur les petits récifs frangeants qui bordent l’îlet. Masque et tuba permettent d’observer les poissons tropicaux, les gorgones et parfois quelques étoiles de mer, tout en restant dans des profondeurs accessibles à tous. La mangrove, elle, se découvre depuis le bateau ou à pied, au fil des explications sur son rôle de nurserie pour les espèces marines et de rempart naturel contre l’érosion. Cette double lecture, au-dessus et au-dessous de la surface, fait de ces deux îlets un véritable laboratoire à ciel ouvert pour comprendre les écosystèmes insulaires.

Les saintes et îlet cabrit : fortifications militaires et baie protégée

En Guadeloupe, l’archipel des Saintes est mondialement connu pour sa baie, classée parmi les plus belles du monde. Au cœur de cet ensemble, l’îlet Cabrit se distingue par ses reliefs boisés et les vestiges de ses fortifications militaires. Construits à partir du XVIIIe siècle, ces ouvrages complétaient le dispositif défensif de Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, contrôlant l’accès stratégique au canal des Saintes. Depuis la mer, les lignes des anciens forts se devinent encore, comme un filigrane historique sur le paysage.

Une excursion en bateau traditionnel autour de l’îlet Cabrit permet de conjuguer histoire militaire et observation de la biodiversité. Les pentes sèches de l’îlet abritent une flore xérophile adaptée au manque d’eau, tandis que les fonds marins protègent coraux et poissons d’une grande diversité. Certains circuits prévoient un débarquement pour une courte marche jusqu’aux ruines, offrant un panorama à 360 degrés sur l’archipel. Qui aurait cru qu’en quelques minutes de navigation seulement, on puisse passer d’un décor de carte postale à une visite de fortin oublié, témoin des rivalités coloniales ?

Îlet chancel : vestiges de la poterie précolombienne et habitation dubuc

Au large du Robert, en Martinique, l’îlet Chancel cumule atouts naturels et trésors archéologiques. Longtemps utilisé pour la culture de la canne à sucre, il recèle aujourd’hui les ruines d’une ancienne habitation sucrière, parfois attribuée à la famille Dubuc. Les vestiges de bâtiments, de fours à chaux et de structures agricoles témoignent d’une époque où chaque îlet fonctionnait comme une petite unité économique, insérée dans le vaste système des plantations caribéennes.

L’îlet Chancel est également connu pour ses découvertes de fragments de poterie précolombienne, index d’occupations amérindiennes bien antérieures à la colonisation européenne. Lorsqu’un guide vous montre ces tessons incrustés dans le sol ou conservés dans de petites collections pédagogiques, c’est l’épaisseur temporelle du paysage qui se révèle. En quelques heures, une excursion en bateau traditionnel vous fait ainsi traverser des millénaires : de la vie des premiers peuples naviguant en pirogues, à l’ère sucrière, jusqu’aux enjeux contemporains de conservation des iguanes endémiques et des habitats naturels.

François et îlet oscar : zone de mouillage et récifs frangeants

La baie du François, ponctuée d’îlets privés et de fonds blancs, constitue un terrain de jeu privilégié pour la navigation en yole ou en gommier. Parmi ces micro-îles, l’îlet Oscar se distingue par son environnement récifal et sa fonction de zone de mouillage. Les capitaines de bateaux traditionnels y jettent souvent l’ancre pour une pause baignade ou un déjeuner créole, profitant de ses eaux abritées des vents dominants. L’organisation du mouillage y est encadrée, afin de limiter l’impact des chaînes d’ancre sur les herbiers et les coraux.

Autour de l’îlet Oscar, les récifs frangeants jouent le rôle de brise-lames naturels, protégeant les chenaux intérieurs où circulent yoles et gommiers. La différence de couleur de l’eau, passant du turquoise clair au bleu profond, indique la transition entre hauts-fonds sableux, herbiers de Thalassia testudinum et tombants coralliens. Apprendre à lire ces nuances avec votre guide, c’est un peu comme déchiffrer une partition musicale : chaque teinte correspond à une profondeur, un type de fond, un risque ou une opportunité pour la navigation côtière.

Navigation côtière antillaise : techniques de pilotage et lecture des eaux

Au-delà des paysages, un tour des îlets en bateau traditionnel est aussi une immersion dans les techniques de navigation côtière antillaise. Contrairement au large, où l’on suit principalement des caps et des routes balisées, la navigation entre îlets impose une vigilance de chaque instant. Passes étroites, hauts-fonds, récifs affleurants et variations rapides de profondeur exigent un pilotage précis, proche de l’artisanat. Les marins locaux y excellent, mêlant instruments modernes et savoir empirique accumulé au fil des générations.

Passes récifales et chenaux d’accès : cartographie marine des petites antilles

Les Petites Antilles sont ceinturées de barrières coralliennes qui forment autant d’obstacles que de protections naturelles. Pour accéder aux lagons intérieurs et aux îlets, il faut franchir des passes récifales parfois étroites, où le courant peut être fort et la houle croisée. Les cartes marines modernes indiquent bien ces chenaux d’accès, mais sur le terrain, la lecture visuelle reste indispensable : couleur de l’eau, ligne de brisants, alignement de repères terrestres servent toujours de guides aux capitaines.

Lors d’une excursion en bateau traditionnel, il n’est pas rare que le skipper vous montre comment caler sa route sur des alignements précis : un clocher dans l’axe d’un morne, un arbre isolé dans le prolongement d’un rocher, ou encore un amer construit spécialement pour matérialiser une passe. Cette façon de « lire » le littoral rappelle un peu la lecture d’une carte en relief : les éléments du paysage deviennent des points de repère tridimensionnels, bien plus parlants que de simples coordonnées GPS. En comprenant cette logique, vous mesurez mieux la finesse du pilotage antillais, hérité des pêcheurs et caboteurs d’autrefois.

Régimes de vents alizés : exploitation des courants ascendants tropicaux

Dans la Caraïbe, les alizés soufflent d’est en ouest avec une remarquable constance, surtout entre décembre et avril. Ces vents réguliers, d’une force moyenne de 15 à 20 nœuds, constituent le moteur principal des embarcations à voile traditionnelles. La yole, avec sa grande surface de toile, en tire un profit maximal, mais même un gommier motorisé doit composer avec leur influence sur la houle et le clapot. Apprendre à exploiter ces régimes de vent, c’est un peu comme apprendre à utiliser un escalator en mouvement : vous pouvez le laisser vous porter ou l’utiliser pour gagner encore plus de vitesse.

Les marins antillais savent par exemple profiter des courants ascendants générés par le relief côtier. Lorsque le vent bute sur les mornes, il est dévié et parfois accéléré, créant des zones de survent localisées. En longeant certaines falaises à la bonne distance, une yole ou une pirogue à voile peut bénéficier d’un véritable « tapis roulant » aérien. Les guides n’hésitent pas à commenter ces microphénomènes météo en direct, offrant aux passagers une initiation pratique à la météorologie tropicale et à la navigation à la voile en milieu insulaire.

Mouillage sur ancre et respect des herbiers de thalassia testudinum

Le moment du mouillage est toujours un temps fort d’un tour des îlets en bateau traditionnel : c’est là que l’on bascule de la navigation à la baignade, du mouvement à la contemplation. Mais jeter l’ancre dans un lagon ne s’improvise pas. Les herbiers marins, notamment ceux de Thalassia testudinum (la « turtle grass »), jouent un rôle écologique majeur comme zone de nourrissage pour les tortues et de stabilisation des fonds. Un mouillage mal positionné peut les abîmer durablement, comme un pied qui piétine un massif de jeunes pousses.

Les capitaines expérimentés choisissent donc des zones sableuses dégagées pour mouiller, en observant la couleur plus claire de l’eau et en tenant compte de la dérive du bateau sous l’effet du vent et du courant. Certains sites sensibles sont même équipés de bouées de mouillage éco-responsables, évitant de jeter l’ancre au hasard. En tant que passager, vous pouvez participer à cette démarche en respectant les consignes : ne pas s’agripper aux herbiers ou aux coraux, éviter de remuer le fond avec les palmes et garder une distance raisonnable avec la faune. Ces gestes simples garantissent que les générations futures pourront, elles aussi, profiter de ces escales préservées.

Patrimoine maritime créole : savoir-faire des maîtres charpentiers de marine

Derrière chaque yole, chaque gommier, chaque pirogue qui glisse entre les îlets, il y a le travail patient et précis de charpentiers de marine créoles. Ces artisans, souvent installés dans des chantiers modestes en bord de baie, perpétuent des techniques élaborées bien avant l’ère industrielle. Pour qui s’intéresse au patrimoine immatériel, visiter un chantier naval ou échanger avec un maître charpentier lors d’une excursion ajoute une dimension humaine et technique à la découverte des paysages marins.

Techniques d’assemblage à clins et calfatage traditionnel

L’assemblage à clins, caractérisé par le chevauchement des bordés de coque, est l’une des signatures de certaines embarcations traditionnelles antillaises. Ce mode de construction, hérité en partie des pratiques européennes, permet d’obtenir des coques légères et résistantes, capables d’absorber les chocs des vagues. Les planches sont fixées entre elles par des rivets ou des chevilles en bois, puis soigneusement ajustées pour limiter les infiltrations d’eau. L’ensemble doit être suffisamment souple pour travailler sans se fendre, un peu comme une charpente de maison conçue pour résister aux séismes.

Le calfatage traditionnel, qui consiste à bourrer les interstices entre les bordés avec de l’étoupe imprégnée de goudron ou d’huiles naturelles, reste une étape clé. Les charpentiers expérimentés savent doser la quantité de matière, ni trop pour éviter la déformation des planches, ni trop peu pour garantir l’étanchéité. Le bruit régulier du maillet et du fer à calfater fait partie de la bande-son des chantiers navals antillais. Certains guides n’hésitent pas à décrire ces gestes aux passagers, voire à organiser des visites ponctuelles de chantiers partenaires pour montrer que la construction navale artisanale demeure bien vivante.

Les chantiers navals du robert et de Sainte-Anne en martinique

En Martinique, les communes du Robert et de Sainte-Anne figurent parmi les principaux pôles historiques de construction de yoles et de gommiers. Au Robert, la présence d’une vaste baie protégée, parsemée d’îlets, a favorisé dès le XIXe siècle le développement d’une flotte de cabotage et de pêche. De petits chantiers familiaux y construisent encore des embarcations en bois, tout en s’ouvrant à des matériaux composites lorsque la réglementation ou les usages l’exigent. Le lien entre ces ateliers et les équipages de yoles de course est particulièrement fort : chaque saison, ajustements et optimisations sont réalisés de concert.

À Sainte-Anne, au sud de l’île, la tradition se nourrit de la proximité de la mer Caraïbe et de la fréquentation croissante des plaisanciers. Certains chantiers se sont spécialisés dans la restauration de coques anciennes, contribuant à redonner vie à des bateaux qui auraient pu finir abandonnés sur une grève. Pour le visiteur curieux, un circuit combinant tour des îlets en bateau traditionnel et découverte de ces chantiers permet de boucler la boucle : de la mise à l’eau à l’entretien, on comprend mieux la chaîne de savoir-faire nécessaire pour que ces silhouettes de bois continuent de sillonner les lagons.

Transmission orale des connaissances nautiques caribéennes

Si quelques formations structurées voient le jour, la plupart des connaissances nautiques caribéennes se transmettent encore de manière orale, par l’observation et la pratique. On apprend à barrer une yole en regardant un aîné, à manier la voile en tenant la drisse des heures durant, à interpréter un ciel chargé en écoutant les commentaires d’un ancien pêcheur. Cette pédagogie informelle, proche de l’apprentissage compagnonnique, donne aux marins antillais une approche intuitive de la mer, difficile à résumer dans un manuel.

Lors d’un tour des îlets en bateau traditionnel, vous êtes souvent le témoin privilégié de ces échanges. Un jeune matelot demande conseil pour un nœud, un charpentier explique à voix haute pourquoi telle planche « travaille » mal, un ancien raconte comment, avant l’arrivée des prévisions en ligne, on anticipait un grain à la couleur de l’horizon. Ces conversations, que vous captez parfois en arrière-plan, font partie intégrante de l’expérience : elles montrent que le patrimoine maritime créole est avant tout une affaire de personnes et de mémoire partagée.

Écosystèmes insulaires : biodiversité marine et terrestre des îlets

Au-delà de leur dimension patrimoniale, les îlets de Martinique et de Guadeloupe constituent des refuges écologiques de première importance. Isolés du continent par quelques milles nautiques, ils abritent souvent des espèces endémiques ou menacées, ainsi que des habitats fragiles comme les herbiers, les récifs coralliens et les forêts sèches. Un tour des îlets en bateau traditionnel offre donc une occasion idéale d’observer cette biodiversité dans des conditions respectueuses, à condition de suivre quelques principes de base.

Sur le plan marin, les lagons entourant les îlets concentrent une grande diversité de poissons tropicaux, d’invertébrés, de tortues et parfois de raies. Les coraux construisent d’impressionnants édifices sous-marins, comparables à des villes verticales, où chaque espèce occupe un étage ou une niche particulière. Les herbiers de Thalassia testudinum et d’autres phanérogames marines servent de garde-manger à de nombreuses espèces, tout en piégeant le carbone et en stabilisant les sédiments. En snorkeling, vous découvrez ce monde coloré à faible profondeur, sans équipement lourd ni formation préalable.

À terre, les îlets accueillent des formations végétales variées : mangroves littorales, fourrés xérophiles, forêts sèches ou savanes arbustives. Des oiseaux marins viennent y nicher, profitant de la tranquillité relative de ces espaces interdits aux prédateurs terrestres. Pélicans bruns, sternes, frégates et hérons figurent parmi les espèces les plus fréquemment observées. Certains îlets, comme Chancel, hébergent en outre des reptiles emblématiques tels que l’iguane des Petites Antilles, dont les populations font l’objet de programmes de conservation.

En tant que visiteur, votre rôle est simple mais essentiel : rester sur les sentiers ou les zones autorisées, éviter de déranger la faune, ne pas ramasser de coquillages vivants ni de fragments de corail, et ramener avec vous tous vos déchets. De nombreux opérateurs de tours des îlets en bateau traditionnel intègrent désormais un volet de sensibilisation environnementale à leurs sorties, rappelant que ces paysages de carte postale sont aussi des écosystèmes complexes et vulnérables. En adoptant une attitude responsable, vous contribuez à ce qu’ils conservent leur richesse et leur intégrité.

Expérience immersive : circuits guidés et escales culturelles en bateau traditionnel

Choisir un tour des îlets en bateau traditionnel, c’est opter pour une expérience immersive qui va bien au-delà d’une simple balade en mer. Les circuits les plus aboutis combinent navigation, découvertes naturelles, haltes baignade et rencontres humaines. Le rythme y est volontairement plus apaisé que sur les gros bateaux à moteur : on prend le temps de hisser une voile, de savourer un colombo de poulet ou un poisson grillé, d’écouter une anecdote sur un îlet habité autrefois par un pêcheur solitaire.

Les circuits guidés incluent généralement plusieurs escales complémentaires : un îlet à iguanes pour la faune terrestre, un fond blanc pour la baignade dans moins d’un mètre d’eau, une mangrove pour comprendre son rôle écologique, et parfois un site historique comme un ancien four à chaux ou les ruines d’une habitation sucrière. Entre deux mouillages, le capitaine commente les paysages, nomme les îlets, explique l’origine des toponymes créoles et partage des bribes de mémoire locale. Vous devenez alors, l’espace d’une journée, passager privilégié d’un récit collectif où la mer est le fil conducteur.

Pour tirer le meilleur parti de ce type d’excursion, quelques conseils pratiques s’imposent : réserver en petit comité pour préserver la convivialité, vérifier que l’opérateur dispose bien d’embarcations traditionnelles entretenues par des chantiers locaux, et privilégier les sorties qui laissent une vraie place aux échanges avec l’équipage. N’hésitez pas à poser des questions : sur la construction du bateau, les techniques de pêche, les changements observés sur les récifs ou les habitudes de navigation d’antan. C’est souvent en dialoguant que l’on découvre les facettes les plus fines de la culture maritime créole.

Au final, que vous embarquiez sur une yole, un gommier ou une pirogue à balancier, le tour des îlets en bateau traditionnel se vit comme une parenthèse hors du temps. Entre histoire, savoir-faire, écologie et art de vivre, chaque escale devient une pièce d’un puzzle plus vaste : celui d’îles caribéennes qui continuent, malgré les évolutions touristiques, à entretenir un lien profond et sensible avec la mer qui les entoure.

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